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Comment vous y prenez-vous pour lutter contre la pollution de l’air dans la Métropole grenobloise ?

Les effets sanitaires et sociaux de la pollution de l’air en France sont considérables et tout particulièrement sur le bassin d’air grenoblois. Selon une dernière étude de l’INSERM on estime à 1 décès tous les 3 jours lié à la pollution de l’air sur notre territoire ! (voir l’étude). Notre approche se veut tout à la fois globale, cohérente et pragmatique pour respecter d’ici 2020 la réglementation européenne. Pour faire face à ce fléau dû au trafic routier, au chauffage au bois non performant et à l’industrie, nous nous sommes engagés dans des actions et dispositifs afin de lutter directement et durablement contre les deux sources d’émissions polluantes (particules fines et dioxyde d’azote notamment). Le temps est désormais à l’action, la prise de conscience citoyenne nous engage à relever ce défi de taille et d’engager la Métropole dans le 21ème siècle et dans l’ère post carbone.

Nous arrivons bientôt à la mi-mandat, quelles mesures ont déjà été mises en œuvre ?

Plusieurs grands chantiers ont été engagé depuis notre arrivée aux responsabilités en 2014. En premier lieu, la démarche « Métropole apaisée » qui généralise la limitation de circulation à 30km/h sur 44 des 49 communes. L’objectif : réduire les accidents et les nuisances sonores, mais surtout mieux partager l’espace public au bénéfice des plus jeunes et des plus anciens, des piétons et des cyclistes. C’est aussi ce que poursuit le projet de revitalisalisation du Cœur de ville de la Métropole qui fait la part belle à la piétonisation, la végétalisation, la mise en valeur du patrimoine et la création de nouveaux services de logistique urbaine pour les commerçants et leurs clients. Il s’agit aussi d’accompagner la constante augmentation de la pratique du vélo, l’INSEE vient de révéler que 15% des trajets domicile-travail se font désormais à vélo à Grenoble ! (voir l’étude). Les axes structurants vélos métropolitains (des autoroutes à vélos) et les nouvelles possibilités de parking pour les cyclistes répondent ainsi à ce que chacun et chacune puisse avoir la possibilité et les conditions adaptées pour se déplacer. Autre domaine d’intervention publique métropolitaine la Prime Air Bois d’incitation et d’aide au renouvellement des appareils de chauffage à bois non performants qui participera à la réduction d’émission de particule fine en période hivernale. Elle a fait sa preuve dans la vallée de l’Arve, nous nous inspirons de ce qui se fait de mieux ailleurs…

Le bassin grenoblois, comme d’autres territoires rhônalpins, a connu deux pics de pollution prolongés cet hiver. Quel bilan tirez-vous des mécanismes mis en place pour y faire face ?

Le pic que nous avons connu cet hiver est l’un des plus graves des dernières années. Mais nous avions travaillé depuis octobre 2014 à un protocole partenarial avec l’État, les collectivités voisines de la Métropole, les media, les autorités de mobilité pour ne plus vivre l’inaction des pouvoirs publics ou la stratégie de la danse de la pluie.

Dans la Métropole grenobloise, nous n’attendons plus pour agir. Dès que nous atteignons le seuil d’information, nous déclenchons progressivement et avec tous les acteurs les mesures : l’information de la population – parce que c’est le premier déterminant au changement de comportement -, les limitations de vitesse, les services de mobilité renforcés (transports en commun, vélo, covoiturage), les restrictions de circulation en fonction du niveau d’émissions des véhicules grâce aux certificats qualité de l’air. Ce dispositif est bien moins arbitraire et bien plus pragmatique et efficace que la circulation alternée. Nous sommes fiers d’avoir inventé à Grenoble un dispositif qui permet enfin d’agir sans attendre et que l’État souhaite généraliser sur tout le territoire d’ici avril 2017.

Au-delà des pics de pollution, les Certificats Qualité de l’Air permettent de différencier enfin les véhicules (poids lourds, utilitaires, particuliers) en fonction de leur responsabilité. Non, tous les véhicules ne se valent pas et oui nous devons organiser la sortie du diesel. Pour la première fois, la France différencie la responsabilité du diesel. Il était temps ! La transition doit maintenant s’accompagner et s’accélérer, parce que la santé n’a pas de prix. Je crois que l’heure n’est plus « au pourquoi du comment » mais à l’action. Dans cette même orientation le lancement de l’expérimentation le 1er janvier dernier d’une zone de circulation restreinte (ZCR) dans le cœur de la Métropole grenobloise participera également à améliorer la qualité de l’air sur notre territoire, l’objectif étant la sortie progressive du diesel et donc le pari d’une transition énergétique des véhicules.

Quels sont les axes de travail pour l’avenir ?

Comme je l’ai indiqué lors du lancement du nouveau plan de déplacement urbain (PDU) en ce début février : 2017 sera l’année de la voiture ! Nous aurons toujours besoin de voitures en 2030, mais de voitures probablement moins possédées et plus partagées, de voitures sans diesel, de voitures utilisées à plusieurs et plus en solo. Actuellement, 1,3 passager par véhicule en moyenne, pour des outils conçus pour 4 à 5 personnes : nous avons une belle marge de progression ! Redonner des capacités de stationnement en entrée du territoire pour inviter à finir son trajet en transports en commun ou à vélo pour les visiteurs, doubler le nombre de véhicules en autopartage pour que chacun puisse se déposséder des véhicules inutiles… Imaginez : 50 % des véhicules possédés par les grenoblois sont inutilisés un jour moyen de semaine. Mais bien qu’inutilisés, ils coûtent aux familles, à la collectivité, ils occupent de l’espace urbain. Le véhicule partagé – et non plus possédé – c’est du gain d’espace pour tous et du gain de pouvoir d’achat. La révolution numérique va accélérer cette transition. A une condition, que les pouvoirs publics prennent leur rôle de facilitateur …

// @YMongaburu

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